• Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter Fabrice Clapiès, architecte et artiste de talent. Dans son blog intitulé Geo-graphique, il partage avec nous ses œuvres magnifiques qui témoignent d’une fascination pour l’urbanisme et la cartographie.
Tumblr – Peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs?
Fabrice – Je suis architecte pour une agence à Bordeaux. J’ai 42 ans et je suis diplômé de l’école d’architecture de Grenoble. J’ai également passé un an à l’université du Québec à Montréal. Très influencé par tout ce que j’ai appris, cela fait 18 ans que je dessine des plans de villes. C’est un jeu avec une feuille de papier que je transforme en territoire cartographié. Parfois je me réfère à de vraies villes, mais généralement, je préfère inventer des agencements urbains. J’effectue une démarche géométrique à partir d’un vocabulaire graphique très précis, des polygones de 5 mm de côté environ. Mes dessins sont principalement abstraits, mais ils peuvent accidentellement atteindre le figuratif. J’ai commencé à faire ce genre de dessin lors de conversations téléphoniques. C’est une mécanique de répétition. La ville est elle-même une répétition de parcelles. Au départ, j’utilisais de très petites feuilles de papier (10 x 15 cm). Maintenant, je travaille sur des supports plus grands (75 x 55 cm, voire 100 x 65 cm). En ce qui a trait au résultat pictural, j’ai toujours aimé l’aquarelle, même si je l’utilise uniquement pour faire des aplats. Son utilisation demande de la rigueur, mais elle me permet de m’éloigner de mon écran d’ordinateur. C’est reposant, les couleurs sont rassurantes. Le grand défi de l’aquarelle est l’absence de correction, on ne peut rien effacer. Une fois la ligne posée, impossible de revenir en arrière. Il s’agit de la même règle qu’en urbanisme et en architecture, d’où ma fidélité pour ce médium. L’aquarelle apporte une légèreté et une rapidité que je n’ai pas avec le collage, le crayon de couleur, le feutre ou un logiciel d’infographie.
T – Quel a été le déclic pour créer ce blog et pourquoi avoir choisi Tumblr ?
F – Entre 2002 et 2006, j’avais un site internet présentant mes travaux, mais il était très lourd à gérer. Je l’ai finalement abandonné. J’ai par la suite cherché à remettre mes dessins sur le Web et Tumblr avait l’avantage d’être très simple d’utilisation. J’y ai trouvé un thème qui me plaisait et qui était parfait pour faire un vrai book minimaliste. J’ai ensuite créé un deuxième blog, Geo-Port, non pas pour montrer mes dessins, mais pour partager ce qui m’intéresse. De plus, Tumblr me permet de rencontrer des personnes ayant les mêmes centres d’intérêts que moi.
T – Où puises-tu ton inspiration ?
F – Tous les plans réalisés en aquarelle m’intéressent : les plans de Vauban, de Le Nôtre et de Ledoux, les plans des architectes du 18e et 19e siècles et les plans haussmanniens. J’ai toujours aimé consulter les atlas, les cartes de géographie, les cartes IGN et même les plans de villes du guide Michelin. La cartographie est à la mode chez beaucoup d’artistes. J’ai constaté que depuis le début des années 1980, elle devient un sujet d’inspiration courant. Le Centre Georges Pompidou présentait, en 1980, une exposition sur la cartographie intitulée « Cartes et figures de la terre ». J’ai beaucoup appris grâce au catalogue de cette exposition. Le jeu vidéo Sim City, apparu en 1989, a aussi joué un rôle dans ma machination à simuler des plans de ville, même si je ne joue jamais à des jeux vidéo. Par contre, dessiner est un jeu pour moi. Cela me donne la liberté de créer des villes, sans contraintes politiques ou économiques. Je suis seul à créer mon territoire. Lúcio Costa est un architecte qui a eu beaucoup de chance : par un simple geste de la main, il a dessiné les traits de la ville de Brasilia, la capitale du Brésil. J’ai toujours voulu faire comme lui ! Je trouve fascinantes toutes les villes ayant pour origine un dessin : New York, Brasilia, Chandigarh… Roman Opalka est un artiste qui a beaucoup travaillé sur la répétition, il numérotait le temps et ne peignait que des chiffres sur des toiles blanches. 
Mon sujet favori reste la répétition d’une multitude d’éléments géométriques, l’encombrement des parcelles, l’étalement urbain. Ma principale revendication est de rappeler que nous sommes une foule, des fourmis, occupant et transformant un territoire progressivement.
T – Quels sont tes trois blogs Tumblr préférés et pourquoi ?
Geometry Daily – Ce blog est pour moi un modèle de ce qu’il est possible de faire sur Tumblr. Chaque jour, une nouvelle forme géométrique est proposée. Le format est toujours le même, ce qui donne une répétition étonnante. 
Oskar Lydén – Je n’ai jamais vu d’aussi belles aquarelles. C’est extrêmement simple, les couleurs sont pures, mais le travail est en même temps très précis. J’aurais aimé peindre avec autant d’évidence.
Geordie Wood – Un photographe qui fait des portraits que je trouve sérieux. La lumière est très belle et j’apprécie particulièrement les photos qu’il a prises en Inde. 
T – Merci, Fabrice et bonne continuation !
Illustration : Fabrice Clapiès

      Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter Fabrice Clapiès, architecte et artiste de talent. Dans son blog intitulé Geo-graphique, il partage avec nous ses œuvres magnifiques qui témoignent d’une fascination pour l’urbanisme et la cartographie.

      Tumblr – Peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs?

      Fabrice – Je suis architecte pour une agence à Bordeaux. J’ai 42 ans et je suis diplômé de l’école d’architecture de Grenoble. J’ai également passé un an à l’université du Québec à Montréal. Très influencé par tout ce que j’ai appris, cela fait 18 ans que je dessine des plans de villes. C’est un jeu avec une feuille de papier que je transforme en territoire cartographié. Parfois je me réfère à de vraies villes, mais généralement, je préfère inventer des agencements urbains. J’effectue une démarche géométrique à partir d’un vocabulaire graphique très précis, des polygones de 5 mm de côté environ. Mes dessins sont principalement abstraits, mais ils peuvent accidentellement atteindre le figuratif. J’ai commencé à faire ce genre de dessin lors de conversations téléphoniques. C’est une mécanique de répétition. La ville est elle-même une répétition de parcelles. Au départ, j’utilisais de très petites feuilles de papier (10 x 15 cm). Maintenant, je travaille sur des supports plus grands (75 x 55 cm, voire 100 x 65 cm). En ce qui a trait au résultat pictural, j’ai toujours aimé l’aquarelle, même si je l’utilise uniquement pour faire des aplats. Son utilisation demande de la rigueur, mais elle me permet de m’éloigner de mon écran d’ordinateur. C’est reposant, les couleurs sont rassurantes. Le grand défi de l’aquarelle est l’absence de correction, on ne peut rien effacer. Une fois la ligne posée, impossible de revenir en arrière. Il s’agit de la même règle qu’en urbanisme et en architecture, d’où ma fidélité pour ce médium. L’aquarelle apporte une légèreté et une rapidité que je n’ai pas avec le collage, le crayon de couleur, le feutre ou un logiciel d’infographie.

      T – Quel a été le déclic pour créer ce blog et pourquoi avoir choisi Tumblr ?

      F – Entre 2002 et 2006, j’avais un site internet présentant mes travaux, mais il était très lourd à gérer. Je l’ai finalement abandonné. J’ai par la suite cherché à remettre mes dessins sur le Web et Tumblr avait l’avantage d’être très simple d’utilisation. J’y ai trouvé un thème qui me plaisait et qui était parfait pour faire un vrai book minimaliste. J’ai ensuite créé un deuxième blog, Geo-Port, non pas pour montrer mes dessins, mais pour partager ce qui m’intéresse. De plus, Tumblr me permet de rencontrer des personnes ayant les mêmes centres d’intérêts que moi.

      T – Où puises-tu ton inspiration ?

      F – Tous les plans réalisés en aquarelle m’intéressent : les plans de Vauban, de Le Nôtre et de Ledoux, les plans des architectes du 18e et 19e siècles et les plans haussmanniens. J’ai toujours aimé consulter les atlas, les cartes de géographie, les cartes IGN et même les plans de villes du guide Michelin. La cartographie est à la mode chez beaucoup d’artistes. J’ai constaté que depuis le début des années 1980, elle devient un sujet d’inspiration courant. Le Centre Georges Pompidou présentait, en 1980, une exposition sur la cartographie intitulée « Cartes et figures de la terre ». J’ai beaucoup appris grâce au catalogue de cette exposition. Le jeu vidéo Sim City, apparu en 1989, a aussi joué un rôle dans ma machination à simuler des plans de ville, même si je ne joue jamais à des jeux vidéo. Par contre, dessiner est un jeu pour moi. Cela me donne la liberté de créer des villes, sans contraintes politiques ou économiques. Je suis seul à créer mon territoire. Lúcio Costa est un architecte qui a eu beaucoup de chance : par un simple geste de la main, il a dessiné les traits de la ville de Brasilia, la capitale du Brésil. J’ai toujours voulu faire comme lui ! Je trouve fascinantes toutes les villes ayant pour origine un dessin : New York, Brasilia, Chandigarh… Roman Opalka est un artiste qui a beaucoup travaillé sur la répétition, il numérotait le temps et ne peignait que des chiffres sur des toiles blanches. 

      Mon sujet favori reste la répétition d’une multitude d’éléments géométriques, l’encombrement des parcelles, l’étalement urbain. Ma principale revendication est de rappeler que nous sommes une foule, des fourmis, occupant et transformant un territoire progressivement.

      T – Quels sont tes trois blogs Tumblr préférés et pourquoi ?

      Geometry Daily – Ce blog est pour moi un modèle de ce qu’il est possible de faire sur Tumblr. Chaque jour, une nouvelle forme géométrique est proposée. Le format est toujours le même, ce qui donne une répétition étonnante.

      Oskar Lydén – Je n’ai jamais vu d’aussi belles aquarelles. C’est extrêmement simple, les couleurs sont pures, mais le travail est en même temps très précis. J’aurais aimé peindre avec autant d’évidence.

      Geordie Wood – Un photographe qui fait des portraits que je trouve sérieux. La lumière est très belle et j’apprécie particulièrement les photos qu’il a prises en Inde. 

      T – Merci, Fabrice et bonne continuation !

      Illustration : Fabrice Clapiès